Aux environs de
l’année 1943…
Cela s’est passé durant la première
épidémie de dengue aux environs de l’année 1943, j’avais à peu près 15 ans. J’étais chez Jessie Stuart à Paea et on voyait des trucks chargés de malades qui se
dirigeaient vers Vaima pour se soigner. Jessie était infirmière aux USA et ne croyait pas aux miracles, elle disait que les malades y allaient simplement pour se
décrasser.
Lorsque je suis tombée malade peu de
temps après, je ne savais pas que c’était la dengue. Je suis allée voir un docteur à Papeete qui après m’avoir auscultée a diagnostiqué une dengue.Voici les symptômes
dont je souffrais : les mêmes que ceux de la grippe avec en plus de fortes céphalées et une perte d’appétit.
Aller à Vaima
pour se soigner…
Je suis rentrée à Mataiea chez mes
parents et je voyais la population du district aller à Vaima pour se soigner, à pied, en voiture ou en truck, c’était la ruée vers la guérison. Ma maman et mon
beau-père ont décidé de conduire tous les enfants de la maisonnée en voiture à cheval jusqu’à Vaima car je ne pouvais pas marcher tant j’étais affaiblie par le manque
d’appétit.
Arrivée sur place, je voyais beaucoup de monde dans la rivière
en file indienne du bord de la route jusqu’à la source. Je prends place avec ma famille dans la longue file d’attente qui se dirige vers la source. Quand mon tour
arrive, je suis au milieu du bain vers la grande pierre près de la source, le tahuà est là, il s’appelle Faatauira, c’est le neveu de mon père Teroonui a Terorotua et
le grand frère de mon beau-père Teaiha a Terorotua . Sa femme est dans l’eau à ses côtés, elle m’aide à m’immerger entièrement dans l’eau glacée, je ne ressens même pas le froid,
j’étais pleine de confiance et je me suis laissée faire, puis lorsque j’émerge, le tahuà me savonne la tête et ce trois fois de suite.
Le pasteur de Mataiea est sur la rive, en retrait avec une
touque de pétrole vide dans laquelle se trouve des références de versets bibliques. Après la troisième immersion on me dirige vers lui pour prendre un papier plié sur
lequel est inscrit une référence d’un verset dont je ne me souviens plus. Pour achever la guérison, il me demande de lire ce verset Biblique dès que j’arriverai chez moi et de le
retenir.
Il
me prend une envie soudaine de manger…
Je reprends le chemin de la route pour rejoindre les miens et
attendre ceux qui n’avaient pas encore terminé leur immersion, quand il me prend une envie soudaine de manger, un appétit féroce s’éveilla en moi au point de ne pas
pouvoir attendre les autres pour le déjeuner prévu par mes parents. J ‘ai longé le bord de mer à la recherche d’un coco germé pour assouvir ma faim, j’en trouvais un et l’envie furieuse d’en
manger me donna la force de l’ouvrir pour avaler le germe de l’anguille qui était là (cette pensée me vient maintenant,à l’époque je ne pensais pas du tout que le germe du coco était la tête de
l’anguille) .
J'étais complètement guérie...
Rentrés à la maison, Gustave Terorotua
et Odette se trouvaient là, et ensembles nous avons lu le verset donné par le pasteur.J’étais complètement guérie, plus de hupe, plus de fièvre, plus de céphalée,
plus rien. Les immersions à Vaima ont duré plusieurs semaines.
Déposer une plainte contre Faatauira...
Les docteurs et les pharmaciens ont commencé à râler mais ne
pouvaient rien contre le tahuà car il guérissait gratuitement. C’est l’immersion d’une dame atteinte de tuberculose au stade terminal et qui perdit la vie à la suite
de cela qui donna aux médecins l’occasion de déposer une plainte contre Faatauira qui fut emprisonné pour pratique dangereuse.
J’étais dans une classe de l’Ecole Centrale, faisant mon stage
d’apprentissage d’institutrice, lorsque je le vis passer menottes aux poignets, marchant jusqu’à la prison de Tipaerui.C’est Roger Raoulx qui nous a dit que les
médecins et pharmaciens avaient réussi, que c’était Faatauira que l’on avait arrêté, mais il ne resta pas longtemps en prison.
A chaque épidémie
apparaît un guérisseur...
Je pense que cette guérison est miraculeuse, j’ai le sentiment qu’à
chaque épidémie, apparaît un guérisseur pour la cause puis le mana s’en va, stoppé par quelque chose .Peut-être que le fait d’avoir soigné la tuberculose n’était pas approprié, parce que le
phénomène est lié à la foule, il y a aussi un facteur psychologique qui entre dans la guérison.
Il existait aussi une source de guérison dans la mer plus loin chez
Keane à Papeari . Je n’ai pas connaissance de guérisons antérieures à celle là qui auraient pu se faire à Vaima. Quand j’étais enfant, nous n’allions jamais à Vaima car c’était trop loin et nous
avions d’autres rivières à notre disposition, j’allais à Vaima pour la première fois pour cette guérison.Je ne me suis jamais rebaigné là depuis.
Un tahu’a nommé
Terii Raiatea…
A mon époque , je voyais un tahuà nommé Terii Raiatea , bel
homme grand et musclé, aux cheveux noirs lisses et fins , le visage typé maohi, la peau lisse et dorée, imberbe, toujours torse nu, la quarantaine et d’allure imposante , lorsqu’il venait chez le
chinois , il était sociable bien que vivant seul sur la montagne au dessus de Vaima .Il a réalisé un umu ti chez Etienne Jardonnet à Mataiea, et j’y étais lorsque
j’avais environ 12ans. Lors de la cérémonie qui se déroulait en privé, les invités ont marché sans se brûler, Terii était torse nu portant un pareu rouge et blanc et des auti verts sur le cou et
la tête, je n’ai pas marché sur le umu ti car ce n’était pas pour nous.
Il était là
en rapport avec ce manamana…
On l’appellait Terii Raiatea parcequ’il était de Raiatea .Il était
beau et fort et vivait du faaàpu et je n’ai pas connaissance d’une épouse ou d’une compagne. Il émanait de lui une force, une volonté de travail et la vitalité ainsi qu’une certaine aisance dans
la façon d’être. Je pense que Vaima a un manamana spécial et qu’il était là en rapport avec ce mana. Je ne sais pas ce qu’il est devenu car par la suite j’ai quitté le district pour faire mes
études à l’Ecole Centrale.
Témoignage donné à Vaiàu le 15 Juillet
2007 par
Claire, Tina Teura
Heimata a Terorotua
Témoignage recueilli par sa fille Vai Hinano